Maman

Pensez-vous qu’être choc, fera en sorte que vous resterez marqué par moi ?

J’écris ce souvenir pour me libérer, parce que ça fait bien trop longtemps qu’il me hante et me blesse, et parfois même m’empêche d’avancer. Aujourd’hui je veux en parler pour ne plus en être paralysée. Ce n’est pas parce que je n’ai jamais voulût en parler, mais plutôt qu’il y avait eu un accord tacite dans ma famille qui nous en empêcher. Nous ne voulions pas en parler, nous ne voulions pas être blessés. Mais la réalité c’est que ça fait 19ans que je suis blessée.

Vous connaissez ce sentiment de vouloir atrocement quelquechose qui nous ai refusé? C’est ce que j’ai ressenti ce soir-là, lorsqu’elle nous a quitté.

Je n’ai que de rare souvenir, et honnêtement je ne sais pas si c’est parce que j’étais trop jeune, ou parce que j’ai refusé de m’en rappelé pour ne pas être tétaniser par le manque de sa présence. Je me souviens d’un coup de téléphone un soir d’été, alors que j’étais enfant. Je pleurais, mais je ne sais plus pourquoi. Mon père m’a tendu le téléphone. A l’époque, j’étais trop jeune pour comprendre, où même réaliser que ma mère n’était pas continuellement à la maison avec ces enfants. Je n’avais pas compris qu’elle était malade. Je l’ai eu au téléphone, et elle m’a réconforté, elle m’a demandé d’être forte, de ne pas pleurer. Elle m’a dit qu’elle m’aimait, j’ai réalisé qu’elle me manquait, et je n’ai que pleuré plus fort.

J’ai longtemps été en colère, j’ai longtemps pensé que ma mère avait cessé de se battre contre son cancer. J’ai longtemps pensé que ma mère nous avait quitté, qu’elle avait laissé ces enfants. J’ai longtemps ressenti que toutes les personnes que j’aimais finissait par me quitter un jour

Je me souviens de ce soir d’hiver. La maison s’était remplie petit à petit. Je savais que les invités attendaient le retour de ma mère, j’en étais toute excitée. Ce que je n’avais pas remarqué c’est que pourtant ils pleuraient tous. Quand je l’ai vu rentré… elle était sur un brancard, je ne cessai de penser « c’est bon, enfin, ma maman rentre à la maison ». Je n’avais qu’une envie me jeter dans ces bras. Mais tout le monde était autour d’elle. Et j’en voulait à la terre, de ne pas me laisser l’approcher. Nous étions assis sur le canapé, je me souviens de ma grand-mère qui me répétait encore et encore, de ne pas être brusque, de lâcher ma maman qui était fatiguée, et qui allait être encore plus fatiguée. Je revois ma maman qui me prend quand même dans ces bras.

Aujourd’hui, je me rends compte que ma grand-mère voulait jouer son rôle de mère, et soutenir sa fille dans les derniers instants de sa vie. Et je sais, que ma mère voulait faire de même pour moi. Nous n’avions jamais eu assez de temps, et nous n’en n’aurons jamais. Je sais que ma mère voulait me rassurer et passer du temps avec moi. Je suis persuadée qu’elle voulait seulement nlaisser le meilleur souvenir qu’il puisse existé pour une enfant qui allait perdre sa mère. Elle n’était pas seulement une femme malade, elle était une femme, et surtout elle était une maman, elle était ma maman.

Je me souviens, encore des femmes en cuisine, qui pleurent; des regards inquiets des hommes; du regard inquiet de mon père. Je me souviens que silencieusement tout le monde se prépare au départ de ma mère.

Je n’arrive pas à mettre de mot sur ce que je ressens. C’est un mélange de tristesse, de colère parce que je n’aurai plus l’occasion de revoir ma mère. Mais surtout de peur. C’est un sentiment unique et propre à chacun.

J’aurai dû prendre le temps de marquer son visage dans ma mémoire. De faire en sorte de graver la douceur de sa peau dans mes mains. J’étais trop jeune. Nous étions trop jeune.

Ce soir-là, tout le monde savait que ma mère rentrait à la maison, simplement parce qu’elle souhaitait partir entouré des gens qu’elle aime, au chaud dans son lit. Aujourd’hui, je comprends, qu’elle n’a pas choisi de partir, qu’elle n’a pas choisi de ne nous abandonner et de cesser de se battre je comprends que la maladie l’avait vaincu. Que la maladie croyait l’avoir vaincue, parce qu’en réalité, ma mère a gagné, elle a gagné une éternité de « là où elle est, elle est mieux, elle ne souffre plus », une éternité entouré des gens qui l’aime, alors j’imagine que ça signifie que je reverrai un jour ma maman.

Plusieurs fois, elle s’était levée pour aller au toilette, plusieurs fois des personnes l’ont accompagné. Et la dernière fois qu’elle s’est levée, finalement, elle ne s’est plus jamais réveillée. J’ai appris récemment et ça m’a bouleversée, c’est qu’elle savait qu’il était temps, et elle ne souhaitait pas mourir devant mon père. Elle est partie se cacher pour partir. Elle ne voulait pas qu’on la voit s’endormir pour toujours.

A partir de ce moment-là, le temps s’est accélérée. La panique a prit le dessus, les gens criaient que c’était la fin. Et, je refusais de le croire. Ils ont emmené ma maman dans les chambre, et l’ont couché dans le lit. J’ai essayé encore et encore de m’allongée à ses côtés, mais on m’arrachait de force à ses bras. On m’empêchait d’être dans ces bras. Je criai que c’était maman, qu’elle s’était endormie, et que je voulais m’endormir aussi. Je revois mon père, les larmes aux yeux qui ne cessent de demander qu’elle ouvre les yeux, qu’elle ouvre les yeux juste une dernière fois.

On m’a sortie de la chambre, on m’a sortie de la maison. Je pleurai. Ce soir-là, on m’a forcé à partir.

Je me souviens, de mes frères et sœurs et moi entassaient dans la chambre de  « cousins ». Je me souviens d’une grand-mère qui s’occupe de ma petite sœur d’à peine quelque mois. Ma petite sœur qui ne connaîtra jamais ma maman.

J’ai revu ma maman quelques jours plus tard. Je ne sais pas pourquoi, mais finalement j’ai compris qu’elle s’en était allée. Elle était vêtue de ces plus beaux vêtements. On m’a demandé de lui dire un dernier au-revoir. Je n’ai jamais pu le faire.

J’étais trop jeune pour comprendre, et plus je grandissais plus je haïssais la vie pour avoir repris ma maman. Nous étions si jeunes.

2 réflexions sur “Maman

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