Ces petits rien qui font la différence.

Je devais partir. Je me sentais seule, je me sentais étouffée. Je voulais pouvoir respirer de nouveau, je voulais vivre de nouveau.

Je ne voulais pas continuer à faire comme si tout allait bien, alors que j’étais presque comme morte à l’intérieur. Orléans ne me retenait plus. Je n’allais pas continué mes étude, je n’allais pas continué à Auchan, en fait mon futur me semblait flou.

Je devais partir.

Un jour mon cousin a annoncé qu’ils recherchaient quelqu’un pour travailler, sur un coup de tête, j’ai répondu que j’étais intéressée, motivée ; alors qu’en réalité je ne le prenais pas réellement au sérieux. Une semaine après, je prenais le départ pour la Normandie. Mes cartons étaient prêt, mes valises étaient prêtes. Je pensais être prête. La Normandie allait être une parenthèse d’un an pour me concentrer sur moi et mon avenir. La Normandie allait me permettre de remonter la pente. De me relever.

Mais alors que la route défilé sous mes yeux, je prenais de plus en plus conscience de ce que je faisais. N’allais-je pas le regretter ? Les contours de ma nouvelle ville se dessiner sous mes yeux, alors que petit à petit je réalisais ce qu’allait devenir ma vie, le tournant que prenais ma vie. Le soleil tapait en cette fin de septembre, et je le ressentais comme si les rayons qui caressaient ma peau me soufflait « C’est le début d’une nouvelle histoire. »

J’ai passé une semaine en Normandie, une semaine qui a profondément remué quelque chose en moi. Une chaleur se rependait à l’intérieur de moi. La nouvelle moi commençait à voir le jour, je souriais et riais sincèrement pour la première fois depuis des mois. La Normandie devait être une parenthèse, et pourtant cette parenthèse commençait à devenir une renaissance. La verdure de ma nouvelle ville m’émerveillai, je me sentais à la maison. Je me sentais chez moi. Je ne m’étais jamais sentie ainsi à Orléans. Je respirais ma nouvelle vie, mon nouveau moi. Oui, tout allait changé, oui, j’irai mieux. Et, je vais mieux.

J’ai simplement souri, et ce n’était pas arrivé depuis longtemps.

Il a fallu que je retourne quelques jours sur Orléans, et ça m’a étouffé. Je n’avais qu’une hâte rentrer. Pourtant je n’étais pas seraine, j’avais peur de regretter mon choix, j’avais peur d’avoir fait une erreur. J’avais peur de la fin de mon couple, pourtant c’était déjà la fin depuis des mois. J’avais peur de perdre ce qui avait été moi pendant des années. J’avais peur de ne pas trouver mes marques. J’ai compris que j’avais préféré refoulé tout mes questionnements sur mon départ, que j’avais fait en sorte de ne pas trop y penser, que je m’étais efforçais de considérer la Normandie comme des petites vacances. Ce n’était pas le cas, ma vie changeait. C’était la fin d’un chapitre de ma vie. Ca avait été un départ précipité et non réfléchi.

J’ai réalisé que je me sentais « sauvée » de moi-même. Ma famille était là pour moi. Ils me soutenaient, alors que je prenais conscience d’avoir mis de côté mes relations familiales. J’avais été une version de moi autocensuré pendant des mois, voir des années. Je n’avais pas exprimer mon moi auprès de la personne que j’aimais, auprès de mes amis que je pensais fidèles. Ici, je n’avais pas peur de parler de mes sentiments, de comment je me sentais, de ce que je pensais. Je ne me sentais pas juger, je n’avais pas peur que l’on me juge. Je n’avais pas peur de pleurer quand je voulais pleurer, de rire quand je voulais rire. De penser, quand je voulais penser. De m’exprimer quand je voulais m’exprimer.

Je me suis sentie « fille de ». Ma cousine et son mari, m’ont accueilli à bras ouvert, ils ont été d’une grande d’aide dans ma reconstruction intérieure. J’étais devenue leur troisième enfant. C’était bizarre d’avoir quelqu’un qui se préoccupait de savoir si j’étais bien arrivé à tel endroit, si j’avais passé une bonne journée, où même si je me sentais bien. C’était donc ça, ne pas se sentir seule. Toute ma vie je m’étais accrochée à des personnes par peur d’être seule, et là sans chercher quoi que ce soit, je ne me sentais plus seule.

Je me sentais responsable, des enfants, du magasin, mais surtout je me sentais responsable envers moi-même. Reprends ta vie en main ! J’avais entre mes mains, un trésor, j’avais entre mes mains, celle que je voulais devenir.

Etre entourée, encouragée ; avoir une raison de se lever tout les matins. ; rire aux éclats ; Ne pas être seule le soir, toutes ces petites choses m’ont sauvé. Je me suis remise à écrire. J’ai ouvert mon blog. J’ai continué à écrire en voyant les retours positifs que j’avais reçu.

C’était jouissif.

J’avais l’impression de ne pas avoir vécu depuis une éternité, comme si j’avais été mise sur pause.

Je pensais partir 1 an, je pensais que ça serait une parenthèse. Mais ma parenthèse est devenu ma vie.

J’étais écoutée. Je parlais sans retenue de sujet que j’avais gardé pour moi et qui avait volé mon énergie, ma liberté. Je me sentais le droit de décider ce que j’allais ou non exprimer.

J’ai appris beaucoup de mon enfance, et j’ai eu l’impression de mieux me connaître. J’avais l’impression d’être en accord avec moi.

Un soir mon cousin m’a confié la mission de faire une demi heure de route seule. J’avais peur, mais s’il avait suffisamment confiance en moi pour me confier sa voiture, alors je devais moi aussi croire en moi. Ca été un long périple. Au lieu de faire le chemin en une demi heure, ce soir-là m’a prit une heure entière. J’ai roulé à 70km/h. Je me suis faite klaxonner au moins une dizaine de fois. Je suis arrivée chez ma cousine dégoulinante de transpiration. J’ai cru devenir folle, j’avais plus chaud que jamais en cette soirée d’hiver. Mais j’avais réussi. J’étais arrivée vivante et entière. Je pouvais affronter plus que je ne voulais le croire…

Au fil des mois, j’ai réalisé que j’avais été en dépression. Mais ici, en Normandie, chez moi, j’ai réalisé qu’il y’avait eu des changements grandioses dans ma vie. Comme tout le monde j’ai mes jours sans, et mes jours avec, tout n’est pas tout beau, tout rose. Parfois, j’ai l’impression de ne plus rien ressentir, que quelque chose est brisé en moi. Et quelques chose a été brisé en moi : l’amour, la confiance, le passé, tout un ensemble qui m’ont mit à terre. Pour autant, je sais que je suis une meilleure personne que je ne l’était hier. Parfois, j’ai peur qu’ils aient raison, que je suis devenue sans cœur, froide, hautaine. Je réalise, que je n’ai pas pleuré depuis longtemps. J’ai peur d’être devenue complètement insensible à la vie, aux émotions, à mes émotions. Puis, je comprends, que si je ne pleure pas, ou ne m’énerve pas, c’est parce qu’il n’y a pas de raison à ces chamboulements, parce que simplement, tout va bien, je vais bien.

C’est en réalisant cela, que j’ai compris ma dépression. Le fait de côtoyer ma famille au quotidien, d’avoir des responsabilités, d’être autonome, m’ont soulager d’une pression. Encouragée à continuer d’écrire, écoutée quand j’ai besoin de parler. Être seule quand j’ai besoin de me retrouver. Rire. Être moi, être drôle, être drôle malgré moi. Respirer. C’est ça ma liberté. Prendre le temps de prendre du bon temps.

Avant j’avais peur de me montrer faible. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, et c’est plus facile de ne pas ressasser le passé. Lorsque quelque chose me tracasse, je me tourne vers ma famille, j’exprime ma frustration. Ne pas tout garder pour moi, m’a enlevé un fardeau. M’a enlevé le fardeau que j’étais envers moi-même en m’autocensurant pendant des mois par peur.

Avant j’avais peur d’être seule, et sans doute que ça a longtemps été le cas quand je suis arrivée en Normandie. Aujourd’hui, j’aime me retrouver seule, chez moi. Appuyé à ma fenêtre, je me sens sereine, je me sens apaisée. C’est encore bizarre pour moi, de me sentir aussi bien, tellement bizarre que j’ai peur qu’on me vole ces petits instants de bonheur absolu. Tellement bizarre, de me sentir si bien que parfois je me demande pourquoi je ne pleure plus, avant d’éclaté de rire seule comme une folle en comprenant que tout va bien, et que je n’ai plus besoin de verser des larmes. J’aime ma petite fenêtre, ma vue sur la ville qui vit, ma vue sur le coucher du soleil, ma vue sur le calme absolue le soir ; ma petite fenêtre que m’amène à mes petites réflexions personnelles, et qui me fait oublier celle que j’avais été. Mes réflexions qui me font pardonner celle que j’étais à Orléans, celle que j’étais dans le passé.

Avant je ne me rendais pas compte d’à quel point j’avais besoin de ma famille, jusqu’au moment où je me suis retrouvée à les côtoyer jour après jour.

Avant je ne pensais pas avoir suffisamment confiance en moi pour avoir une voiture. Aujourd’hui j’aime rouler des heures. La musique en fond sonore, je sens mon cœur s’allégeait alors que je repense aux instants de purs bonheurs de ma vie, sans regret.

Avant je ne voyais pas d’avenir à ma vie. Aujourd’hui je vis cette vie espérée avant qu’elle ne devienne passé.

Avant j’avais peur de ne pas être aimé, de ne plus être aimé par lui. Aujourd’hui, je m’aime moi, et celle que je deviens.

Avant je détestais celle que j’étais. Aujourd’hui je l’admire. Elle ne pleurait pas parce qu’elle était faible, mais parce qu’elle avait trop longtemps été forte.

Avant je ne pensais pas pouvoir pardonné la vie, aujourd’hui je comprends que l’on en a qu’une.

Avant j’avais peur de m’endormir la nuit en appréhendant la journée de demain. Aujourd’hui j’attends demain en espérant toujours plus d’amour, toujours plus de joie, toujours plus d’humour.

Ma famille m’a sauvé. Si j’étais restée sur Orléans, ma dépression aurait empiré. Même avant que la Normandie ne m’appelle, je savais déjà que je devais partir, je pense que j’avais conscience qu’il y avait un soucis en moi, je me voilais la face parce que je voulais me raccrocher à la seule personne que j’avais aimé. Je pensais que si nous étions ensemble alors nous pourrions tout surmonter, je me suis trompée. Une relation ne peut pas fonctionner lorsqu’une personne donne tout son être pour l’autre. Une relation ne peut pas fonctionner lorsqu’une personne est la seule à faire passé le couple en priorité. Une relation ne peut pas fonctionner lorsqu’une personne est la seule à faire des efforts. Alors peut être que c’est égoïste de ma part d’être partie sur un coup de tête. Peut être que notre relation aurait surmonté la crise, peut être que notre relation aurait continué. Mais, j’aurai été détruite. Je ne me voyais pas rester sur Orléans pour quelqu’un. Je suis partie en sachant que je devais me concentrer sur moi. Ces derniers mois ont été les meilleurs de ma vie. J’ai trouvé un équilibre non seulement dans ma vie, mais aussi en moi. Plus rien n’ébranle mes pensées, mes doutes, mes convictions.

Partir a été la meilleure décision irréfléchie de ma vie, un coup de chance, une seconde vie. Je me suis rapprochée de ma famille, et j’ai réalisé à quel point je chérissais ces instants. J’avais espéré ces instants sans jamais osé les formuler à voix haute.

Partir m’a sauvé.

Je ne vais pas mentir, il y a des jours sans, et des jours avec. Mais je sais que je peux affronter demain sans avoir peur, car je ne suis pas seule. « Je cicatrice mes cicatrices, grâce à l’amour de ma famille. » Je vis au jour le jour, et je m’endors le soir sans regret, car j’ai eu une journée bien remplie.

Honnêtement, je suis sortie de cette dépression sans m’en rendre compte grâce aux instants passés auprès des miens. Alors j’imagine qu’il y’a toujours de l’espoir parce que demain est un autre jour…

Coeur sur la fesse, bisous sur l’autre

Noona de Masie, Noonasie

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